Mercredi, Septembre 08, 2010
   
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Lecture de l'anthologie 2007

Lecture de l'anthologie 2007 lors de la remise des prix
Les textes sont dits par Caroline Beaune et Georges Caudron.
Ils sont accopagnés par Julie Dutoit au violoncelle et Stéphane Routtier au saxophone et à la flûte.

Le poète

Le poète, des vers une strophe, un verre catastrophe,
Des mots démodés et d’autres remodelés,
Des mots limpides pas si vides de sens, beaucoup de cohérence,
L’importance d’une idée pleine de lucidité,
Une avidité des mots à la bonne place.
Pas de chance, contresens, entre passé futur et présent,
Globalement inconscient et ne jamais endurer la censure.
Des phrases tranchantes à la signification flottante,
Une intention pleine de compassion dans chaque bribe,
Tel un scribe qui crible ses pages,
De gammes mineures et majeures,
Du slam dans cette âme.
Un drame qui ne t’alarme pas.
C’est pas ma veine, monté sur scène, tu reprends les rênes et,
Tu contes un mythe rythmé plein d’intimité.
A travers le langage, l’avenir du poète et de sa poésie,
Un projet empli de rêves qui s’achève pas très loin,
Juste là, au dernier point.
Thibault Choulot
Lycée Paul-Gauguin
Moorea (987)






Papillons

Papillons,
Dans ma tête, légers, vous volez
à toute vitesse et entremêlés
Ce désordre de couleur me ramène
à la réalité pâle et sans ardeur.

Papillons,
Dans mon cœur, vous furetez,
pour essayer de trouver des émotions,
mais aucun détail d’émoi ne vous apparaît,
car cet endroit est en effet un vide sans fond.

Papillons,
Dans mon ventre, vous grouillez
vous me donnez faim et passions ;
de là vous faites naître des envies, un rêve,
une sensation et qui sait,
peut-être une larme... ?
Emmanuelle Bruneel
Lycée Louis-Massignon
Abou Dhabi (émirats Arabes Unis)






Sonnet Gascon

L’astre opalin se noie dans la blancheur des pierres,
Le vent d’autan ne fait qu’effleurer les allées
Tant de châteaux meurent, tant sont déjà poussière,
Il semble que Dieu ait perdu ses osselets.

Les tonneaux de chêne laisse monter l’odeur
D’un parfum d’Armagnac, un délicieux mélange
D’un fruit plein de plaisirs aux incessants labeurs.
De la cave humide monte la part des anges.

La vigne s’effiloche et la feuille s’éteint
Sous la brume épaissie qui étouffe les cris
De ce volatile que l’on gave de grains.

L’alcool et le graillon, dans le rire et le bruit
Des gloutons voraces, montent sur la potence,
Remplissant, malheureux, et leurs yeux, et leurs panses.
Pierre-Louis Boyer
Université Toulouse 1 - Arsenal
Toulouse (31)






L’Envol & la Chute

Portée par le zéphyr je le fus si souvent
Lorsque par ton sourire tu persuadais le vent
De m’emporter si haut que Paris vu du ciel
N’était plus qu’un hameau parsemé d’étincelles
De m’emporter si haut que même la mer d’ici
N’était qu’un fin ruisseau, une flaque après la pluie

Je sais que chaque envol fait place à une chute
La mienne fut seulement plus longue et douloureuse
J’ai cessé toute lutte et j’ai feint d’être heureuse
Je suis devenue folle de ne l’être vraiment

Comme une étoile s’éteint, comme une vague s’échoue
Comme le soldat au loin une larme sur la joue
Que sa conscience soudain rattrape et le rend fou
Comme son orgueil qui feint de résister à tout
Moi je tombe à genoux la tête entre les mains
Quand je repense à nous et notre sombre fin

J’ose la confidence de mes peines et regrets
Assaillie, submergée par les réminiscences
D’un bonheur éphémère qui n’ont plus aucun sens
Qui errent dans l’atmosphère et s’estompent à son gré

Adieu à toi mon ange et sache que les temps changent
Qui sait si un beau jour tu ne mourras pas d’amour ?
Inès Vallez
Lycée Saint-Jean
Saint-Quentin (02)






Aube

La terre est un bocal qui joue à l’alambic
Sevrant notre marée dans ses flots sous latence
Cafard ! cet ivre boit les cendres d’inconscience
Pendues bien loin d’un corps perdu ; proie des Lombrics

Voilà déjà deux mois, qu’il vit à contresens
Ce triste transmetteur tient un mal arctique
Éole pourtant me chuchote en italique
Rêver ; se lit... même la nuit dans les deux sens,

Notre rupture, une fille, un hôtel
Comme un brasier rutilant sur le djebel
Séparant l’horizon, sans alternatives

Spasmes, digues brisées, noyant les champs d’iris
D’Aphrodite et Vénus qui lisent cet oasis
Ô dernières rimes ! Séropositives.
Vincent Aurez
Lycée Camille-Pissaro
Pontoise (95)







Fourmi

La voilà !
Alors que la forêt tarde à s’endormir

Mandibules fragiles, l’anonyme d’un soir
Elle traverse les mondes
Passante vêtue de noir

Elle vient
Quand s’ouvre sous tes pas l’invisible frontière

Muette travailleuse de l’infime univers
De son destin de miettes
L’unique prisonnière

Elle s’en va
Adieu la reine et les automates

Un nuage chargé déverse son flot
Voyageuse éphémère emportée par la pluie
Un corps abandonné à la surface de l’eau.
Naomi Bellaiche
Lycée du Sacré-Cœur
Tournon-sur-Rhône (07)






Sonnet d’été

Le bonheur c’est savoir s’arrêter en chemin,
Et pouvoir retrouver la fraîcheur enfantine,
Réciter un poème, fredonner une comptine,
Avoir les mains qui collent, sang sucré du raisin...

Le bonheur c’est savoir regarder en arrière,
Etre encore un enfant, toucher du doigt le ciel,
En écoutant le vent, rêver d’avoir des ailes,
S’imaginer un monde sans barrage ni frontière...


Le bonheur c’est garder un p’tit peu d’innocence,
Et goûter des cerises, repenser à l’enfance,
Faire deux, trois cabrioles, grimper dans le sapin...

Avant la fin du jour, cueillir la fleur des champs,
S’en aller dès le soir, scrutant le firmament,
Le bonheur c’est aussi continuer son chemin...
Tiffany Aubert
Université Catholique de l’Ouest
Angers (49)






J’ai baisé l’aurore

J’ai baisé l’aurore
Un jour de pluie
Quand l’eau des cieux
Se gorgeait d’or

Quand les flaques nouvelles
Sur l’asphalte brillaient
S’irisaient
En touchant l’herbe proche

Dans mes poches nous étions
Lovés, comme trois cailloux
Qu’une main mélange
D’un amour nu de mots

Et la brillance et
La soie du galet
Etaient comme frissons
Pour la mémoire

J’ai baisé l’aurore
Comme on baise le front
D’un enfant qui s’enfièvre.
Comme on goûte des sens

La chaleur d’un flocon.
Comme on boit la parole
Qui attend de se taire...
Pierre Anselmet
Lycée de Presles
Cusset (03)






La nuit aux quatre vents

Plus vrai qu’un aveu, plus douce qu’un poème,
Plus désirée qu’un vœu, plus belle qu’un je t’aime
D’un élan merveilleux, étoiles pour emblème,
La nuit aux rêves radieux devint diadème.

Tout vint

Chants de cigales et des soirs d’été crépitants
Un ton trop heureux, pour des visages trop blêmes...
La solitude étreint ces instants fulgurants
La nuit secrète portait l’écho des blasphèmes

Tout s’en ira

Visage pâle et triste d’un espoir fané,
De l’image trouble d’un rêve anéanti,
Du souvenir terne d’un désir consumé,
C’est le revers de la nuit... deuil de nos envies

Tout s’en va

Douze heures et douze tours de l’horloge vieillie
Puis tour de mon âme où, souvent, loge l’ennui
La nuit murmurait les paroles du silence
Dès lors le temps et le vent dansaient en cadence.

Tout s’en est allé

Rose du printemps éclora tel un poème
Plus désirée qu’un vœu, plus belle qu’un je t’aime
D’un élan merveilleux, étoiles pour emblème,
La nuit aux rêves radieux devint diadème.

Tout revient
Yasmine Hajri
Lycée Pierre-Mendès-France
Tunis (Tunisie)







Tombent tombent les feuilles rousses
Je souffle le papier froissé

Son enfeuillé

Feuillet de vert, vert marronné
Allongée devant, belle écorce

étoffe mon cœur, et le froisse

Et prend, de mon cœur, chaque fil
Et prend, et de sa voix, murmure

Je t’aimerai.
Mikaël Schinazi
Lycée Français de New-York
New-York (Etats-Unis)






Veillée touareg

Flammèches blondes flammes rondes
étincelles rondes et lunes d’onde
Le jour s’enfuit la nuit le suit
Le feu s’allume sans un bruit

Sable sombre et nuit belle d’ombres
Sans prévenir le jour s’effondre
Senteur miel et étincelles
Mots étranges pour rêves d’ange

Lumière vive sur le qui-vive
Beauté des chants notes qui vivent
Gouttes d’or fin sans cesse mouvant
Sous regard sombre et sourire blanc

Sans rien comprendre je m’émerveille
De l’or qui danse des voix qui veillent
Et sous la lune les yeux fermés
Il m’est enfin permis d’aimer.
Margaux Milhade
Lycée International Alexandre-Dumas
Alger (Algérie)






Fleurs du printemps, tristesse

Du vent, un morceau et un morceau
De la pluie, une goutte et une goutte
Battent le bout des branches
Ont embrumé tes yeux
Baisse la tête, les larmes mouillent tout ton visage.

Les pétales tombent rapidement et légèrement
Dans ce vert
Tel un teint de jade rongé par le chagrin.

En cette saison de pluie
Le printemps de Jiangnan si triste,
Si tristes les eaux du fleuve, ne deviennent qu’un fil.
Xiaozhen Mao
Lycée des affaires étrangères de Ningbo
Ningbo (Chine)






Poème pour le Liban

C’est là où les étoiles embrassent la terre.
C’est là où la lune salue le vent
C’est là où les monts combattent les guerres.
C’est un chef d’œuvre c’est un roman.
C’est là où les vagues sont les chansons de la mer
C’est là où passe rapidement le temps
C’est là où la lumière danse avec l’air
C’est là où l’amour accompagne les gens
C’est un poème c’est une prière
C’est simplement le Liban.
Jessy Taoun
Collège des Sœurs des Saints-Cœurs
Tripoli (Liban)






Elle danse. La Valse. Il préfère la jouer.
Elle, robe à pois et grand chapeau.
Lui, petit veston et noir tango
Elle voudrait qu’il lui parle, la regarde quand elle danse.
Il ne sait qu’écouter, sans perdre la cadence.
Son rire, sa robe, ses jupons.
Ses mains et son accordéon.
Ses yeux, perdus, heureux.
Les siens, chauds, langoureux.
Java. C’est pour ça qu’elle est là.
Lui ne vit que par ça.
Elle pense tendrement
Qu’il doit être maladroit,
Et l’observe en tournant,
Espérant qu’il la voit.
Il regarde mais pourtant
Ne pense pas à ça.
Un clin d’oeil au batteur :
C’est bientôt la Coda.
Quand elle est sur la piste,
C’est pour lui qu’elle existe.
Mais c’est pour le Tango
Qu’il a courbé son dos.
Et le soleil couché
Il veut seulement jouer.
Nathalie Bernat
Lycée Lapérouse
Albi (81)







On se revoit petite fille,
Trébuchant gentillement dans les feuilles d’automne,
Le vent dansant dans ses cheveux,
C’était les temps heureux,

Tic-tac,
Le temps passe,
Laissant de vagues traces,
Des âmes brisées par le temps,
Et de pâles souvenirs noirs et blancs,

On me revoit il n’y a pas longtemps,
Assise seul sur ce banc,
J’allume ma clope sous la pluie,
Et le monde est gelé
Je ne veux plus être,
Une de ces âmes égarées...

Tic-tac,
Le temps passe,
Emportant les flash-back,
Les fantômes du passé sont partis,
Je suis amoureuse de la vie,

Je me vois aujourd’hui,
Loin de mon pays,
Je l’ai joué Carpe Diem,
Et tel une bohême,
J’ai embrassé ma petite France,
Et la belle enfance...
Laura De Siebenthal
Ecole française du Cap François-le-Vaillant
Le Cap (Afrique du Sud)






Craquelure d’indigo

Environnée de chimères et de navires,

respirant l’enfance à l o n g s t r a i t s,

elle préside aux songes.

Chavirée dans sa chevelure mousseuse, zonzonne une libellule,

frissonnante javeline de gypse poudré.

Contre ses tempes d

é

g

r

i

n

g

o

l e une grappe

de grelots

et

blottie sur sa nuque,

une volée de boucles blondes de thé s’alanguit :

éblouissante architecture baroque,

ferveur de l’or.

Les cils d’encre papillonnent,

des girandoles de liserons libertins ourlent son regard trèfle d’eau :

deux pastilles de menthe.

Enfant talisman,

Sur sa robe de lin seigle,

elle fixe des vertiges :
les arabesques d’un rameau de rhubarbe.

Juliette Picquier
Lycée Louis-Pasquet
Arles (13)






Moi, l’HOMME

J’ai bâti mon univers de mes propres mains.
J’ai dessiné sur les parois des grottes
Des animaux sauvages que j’ai apprivoisés.
J’ai construit des ponts au-dessus des rivières
Et je me suis penché sur leurs ondes,
Pour écouter le murmure de l’eau parlante.
J’ai élevé des maisons
Où résonnent les éclats de rire des enfants
Et les paroles sages des grands-parents.
J’ai pris la palette d’un peintre
Et j’ai jeté autour de moi
Des taches de couleur
Pour en faire les arbres, les montagnes, la mer.
J’ai volé l’or du soleil pour le transformer en feu
Et de l’argent de la lune j’ai fait des nuits reposantes.
Ce jardin paradisiaque, je l’ai appelé TERRE.
Et depuis, je veille à ce que des mains ennemies
Ne s’emparent pas de mon trésor.
Oana Bivolaru
Lycée Jean-Louis-Calderon
Timisoara (Roumanie)






Mon soldat

Le sang et les guerres
Ont tracé les terres,
Mes mots tracent une feuille
Pour distraire le sommeil,
La nuit,
Je ne dors pas
Je ne fais que compter mes pas,
J’ouvre les fenêtres
Je relis tes lettres
Tes mots j’entends encore leur air
Qui se balade dans l’air
Tu m’as dit que nos âmes sont liées
Alors pourquoi m’as-tu oublié ?
Es-tu encore en vie ? Donne-moi une réponse
Et le plaisir d’une autre danse.
Bouchra Chougrani
Lycée Wad Dahab
Oujda (Maroc)






Éveil

Sur les trottoirs endormis de la grande amoureuse
des pieds égarés se brisent le cou pour voir le ciel
les souffles blanchissent au son des moteurs qui s’évanouissent
sans nous.

Les gris soldats semblent s’être parés
Des cendres de mes cils pesants
De mes cernes comme deux cratères
Des relents d’un rouge lointain

devant la ville qui s’étire

Sur la route déflorée
Mes bottes se traînent d’un pas qui ne répond plus
au tien
Les gens parlent une langue stellaire qui m’échappe
sur les trottoirs insolents de la grande amoureuse

Au milieu de l’encre
Au début du jour.
Stéphany Gagnon
Cégep de Sainte-Foy
Québec (Canada)







Tandem amoureux

Le souffle des mains
apaise les collines
fait flotter le frisson
le long de l’échine
où les regards déposent
d’imperturbables lueurs
à l’ombre des noirceurs
puis les mots s’envolent
en de muettes supplications
consolées par un chant infini de caresses
sur le champ de bataille
des questions qui s’allument
défaillir aux retrouvailles
des lèvres heureuses qui s’étreignent
à en manquer de souffle
les peaux se mordent
comme les cœurs s’épousent
alors que les mandibules
démantibulent l’esprit
et tordent la pluie endormie
et pendant que les yeux s’explorent
les langues se percent
à l’envie de moucharder le bonheur
à l’oreille de l’oubli
Ariane Tapp
Cégep de Sainte-Foy
Québec (Canada)






Sous les ombrelles des garçons
Des ombrelles blanches comme une demi-mesure
Se signent d’étranges apparitions ; il se recrée le vagabondage
Des soirées où il n’est pas question d’amour mais de rôles suspects
De détournements gris et jaunes, et les inimitables ombrelles
De givre et de coton, au passage anachronique
D’une damoiselle ivre
Flottent

Se décachète dans le déséquilibre
Quelque bouteille d’illisible, la récréation courte comme un été incertain
En nos oreilles froissées –
Et les garçons de mon quartier rouge et jaune
Ont des ombrelles mouvantes et des dentelles qui feraient de la peine
Si on prenait quand même
La peine d’y regarder en plus vrai, et toi
Tout de même peux t’obstiner entre mes doigts, qu’on ne fleure à peine
Pareil à un pieux rayon entre les rênes de minuit
On se roulera sous le mortier fêlé de l’infini
Et les ombrelles rouges et jaunes comme une huître
Au dessus des têtes de cuistre
Des garçons inhabitables
Flotteront.
Asmae Khamlichi
Lycée Ryad Al Maârifa
Rabat (Maroc)






J’ai pris la lumière
d’un lampadaire
et je la garde dans ma main
pour te la donner demain

J’ai pris la lumière
de c’lampadaire
en y grimpant jusqu’au sommet
où je n’irai plus jamais

J’ai pris la lumière
du lampadaire
qui doit être très malheureux
mais moi je suis amoureux
Loïc Monnier
Lycée Auguste-Pavie
Guingamp (22)






~ROUGE~

Le matin vient, je mets mes chaussures à talon
Elles sont d’un rouge et d’une brillance sanglante
Puis je cueille un coquelicot dans le même ton
Et le pique dans une mèche, tremblante

Ainsi vêtue, je marche le long de la rue
Un sourire se dessine sur mon visage
Mais mes lèvres entrouvertes ne sont qu’un mirage
Personne ne sait la raison de ma venue

Un vieux chat intrigué semble se demander
Quel genre de loup ce chaperon a rencontré
Mes talons résonnent sur le chemin

Le soleil levant éblouit mes yeux
Mais les baisser serait trop audacieux
Quel lourd secret j’ai du sang sur les mains.
Clara Janin
Lycée Henri-Moissan
Meaux (77)






A une bouteille

Allez tournez fleur rouge
Votre cœur danse bouge
Sous ma folie ma fièvre
Belle, votre robe exquise
Se gonfle sous la brise
Et j’en pince mes lèvres

Vous souvenez vous jadis vous me teniez la main
Et nous allions ternir nos rêves jusqu’au matin

Allez tournez fleur rouge
Dans les rues dans les bouges
De Paris à Clermont
Belle, fée de mon flacon
Déposez sans pudeur
La mordorée saveur

Déposez dans mon cœur
Votre sang de malheur
Mathieu Piot
IUT Clermont-Ferrand
Aubière (63)






« Milena »

Que la main égarée aux six doigts serpentés
Dessine sur ton corps comme une ligne douce
Horizon dénudé - grève d’éternité
Jusqu’au désir courbe d’un baiser qui s’enroule

L’écho de ton visage au reflet de mon cœur

Se joue des passages sous un lit de rumeur
Je chercherai la nuit -
Soudaine fiction
Poursuivre cette empreinte où sont creusés nos pas

Soupirs lovés où se glissent Goût de nos lèvres
Les mots rêveurs que l’on dérobe à l’avenir
Jusqu’à perdre le temps Ne plus l’entendre - battre
Entre nos deux silences
Il n’y a qu’un - souffle,

Ô béant souvenir Traverse - insatiable
Frontière intime Terre peuplée d’instants
Instant !
Me revoilà passeur Tombant - entre tes mains
Romain Pichon-Sintes
Université Paris 7
Paris (75)






Inconcevable est le nombre d’images, de sons, de questions qui défilent chaque seconde sur le tissu incompréhensible, unique et méconnu de la pensée humaine.
Quinze centimètres carrés de ta tête. La taille de ta trousse à maquillage, de ta boîte à CD, de trois balles de tennis, d’un Big Mac Deluxe.
Réseau de filaments, réseau d’échange entre le monde et toi, entre ce que tu sais, ce que tu veux savoir et ce que tu ne sauras jamais.

Les zèbres sont blancs aux rayures noires

Un nombre d’idées inimaginablement enfermées dans ces milliards de poussières que nous sommes, chromosomes de l’atmosphère, fourmis envahissantes d’une planète sans nom original. Espèce unique contenant en elle le souvenir et l’avenir. Espèce en extinction sont les douteux, les romantiques, les simplets, les naturels, les enfantins, les rêveurs, les pas d’accord, les innocents, les vrais, les marginaux, les inclassables.
Petites étiquettes sur dossiers rangés, dans les grands tiroirs du recensement.
L’originalité c’est toutes ces bulles colorées à l’intérieur, ces bulles qui au fil du temps éclatent, savonneuses. De nouvelles bulles, plus conformes, plus logiques, moins rieuses les remplaceront.
L’apparence devient réalité dans la fourmilière grisâtre de la normalité.

Les zèbres sont noirs aux rayures blanches

La normalité c’est comme un fer à repasser ; uniformiser, lisser, se ranger, s’arranger, se ressembler. Espoirs, rêves, et créativité s’envolent : cendres de cigarette et uniforme social. Rester en vie, c’est faire du collage ; patchwork d’expériences, d’images, de fantasmes, d’idées osées et paradoxales,
Légères petites bulles colorées et savonneuses, enfouies dans le secret de leur existence imaginaire.

Les zèbres sont blancs aux rayures noires,
Les zèbres sont noirs aux rayures blanches.
Carlotta Morteo
Lycée Français de New-York
New-York (états-Unis)






Humpf... Quoi ? Page 36... « regardait par-dessus son épaule ». Qu’est-ce que ça raconte déjà... Oh, tant pis, il fait beau dehors. Quelle étrange impression que de se réveiller, en un sursaut, après un chaud sommeil, au son sourd du piano. Elle doit faire ses gammes en bas... Je regarde le ciel par la fenêtre. La gomme céruléenne en a effacé la grisaille, et le soleil traverse les petits nuages clairsemés. Les feuilles jaunes des arbres maigres et noirs jonchent le sol de leur or pourrissant. Je pousse la lourde porte de bois, qui se referme derrière moi, emprisonnant l’odeur de bon gâteau qui s’exhalait de la cuisine et les arpèges à l’intérieur de la maison. Les dalles blanches et noires seront souillées de boue à mon retour...

L’air est frais, les pavés sont mouillés de cette sueur de rosée, que perle la Nature, émue de retrouver son soleil aimé. Il a dû pleuvoir, tout à l’heure, quand je dormais. Je vois l’eau qui brille, et qui coule en un murmure, sous le petit pont de pierre. Je passe sur le chemin que couvrent les érables et les platanes, ici, là, une feuille se détache sans bruit, et tombe lentement, voletant. Mes bottines baignent dans les flaques, je vois mon reflet dans celle‑ci. La tache rouge de mon manteau, la tache bleue du ciel... Je saute dans celle d’à-côté, tout se trouble, le ciel m’envahit, et j’envahis le ciel. Comme l’ennui envahit ma vie. C’est décidé, adieu. Je cours sur le chemin, sous la tête chauve des arbres, sur leurs reliquats jaunes, à côté du muret de pierre, entre les troncs sombres. Un coquelicot, j’arrête ma course, et m’accroupis à côté de lui. Je le regarde, je lui souris, je le cueille et en orne mes cheveux. Une goutte de pluie suspendue à une branche tombe sur ma joue et la peint, rejoignant le vermeil de ma bouche fraîche. Je l’étale sur ma lèvre. Je lève les yeux au ciel, je souris. Il est temps, mademoiselle.
Sonia Baudry
Lycée Léonard-de-Vinci
Montaigu (85)






La page blanche

Les têtes sont baissées, les doigts pleins de sueur,
Les plumes font des ronds, les esprits font des bulles,
Penché sur une feuille blanche, vierge de tout labeur,
Face à d’horribles questions, l’élève recule.

Anouilh, Kafka, Hugo, Sartre et autre Voltaire
L’affligent de leurs mots, le perdent dans leurs idées.
Seize ans à peine et déjà inhumé sous terre...
Contre la feuille blanche, nul ne peut être aidé.

L’encre qui s’échappe est aussitôt effacée,
Les pensées fusent, le cerveau fume, mais la main bloque
Car la feuille blanche, grand colosse froid et glacé
Menace du parfait zéro de sa voix rauque.
Audrey Risser
Lycée Paul-Sabatier
Carcassonne (11)






La tienne, de.

Et toi : des mots qui respirent, pleins de jolies apocalypses en devenir et qui tombent, flocons de sens sur le lecteur (ton semblable, ton frère). Tu sais, eux aussi sont des ombres-enfants, pas les lecteurs, les mots, les tiens, et ils se vivent comme des caresses et on en sort peau mouillée ressac au corps, la poésie salive, la poésie s’anime, la poésie.
La tienne, de poésie, tripes ouvertes, cuisinées, et servies sur les tables de ceux qui la lisent : les littéraires sont tous un peu anthropophages. Tous un peu désaxés. Et en équilibre sur le vide, au point de rencontre des décentrages, funambule amoral, il y a toi, langue tirée (peut-être par insolence, par application, par envie de la mettre dans ma bouche, ou par reste d’enfance, peut-être).
La tienne, de poésie, qui s’accroche à la peau, et qui colle, qui explique, qui essaye de comprendre, toujours, son existence à elle, et puis, ton existence à toi, et puis la mienne et celle des autres et celle de.
Toutes les planètes dans ton regard qui s’aplatissent en mots, qui mordent, qui caressent. Toutes les planètes. Le papier comme un corps qu’on noircit, trempé dans l’encre, noyons-les tous, Dieu reconnaîtra le sien, le papier comme un corps (nos corps cordes tendues jusqu’à la déchirure).
Noyée, asphyxiée de mots qui déferlent, tempête de sens. Les pendus meurent le désir au corps, à cause du manque d’air, tu vois. La poésie : crever, crever en râlant de plaisir.
La poésie, la tienne.
Asphyxies.
Katia Belkhodja
Université de Montréal
Montréal (Canada)






Poème

Je t’écris toi poème
Avec ces mots qui viennent
Mots qui demain peut-être
Ne m’évoqueront plus rien
Mots qui pourraient former
Quatrains, tercets ou bien
Quelques belles rimes croisées
Suivies ou embrassées
Je t’ai voulu ainsi
Et je t’en supplie
Garde ta simplicité, ta vie, ta liberté
Garde...
Simplicité...
Vie... et
Liberté...
Marie Guerer
Lycée Saint-Esprit
Landivisiau (29)







Le chant du troubadour

« Tên përdu, jhamâi së rëcôbro » *

L’obscurité
Se pose tranquille sur le monde.
Scintillent les étoiles dans le ciel comme des pierres précieuses
Et toi, ô sœur Lune : une lanterne le long de mon chemin.

La brise
Souffle silencieuse sur le monde.
Ondoient les blés au vent comme des vaisseaux
Et vous, ô sœurs Nuages: le berceau de ma solitude.

« Tên përdu...

Votre serviteur chenu
Halète dans les abîmes de la nuit.
Se succèdent ses soupirs comme des nénies interrompues
Et vous, ô frères Tonnerres : l’écho de mes soucis.

Votre fidèle languissant
Chante dans les abîmes de la nuit.
S’évanouissent ses rêves comme les ombres du soir
Et toi, ô mère Terre : la tisseuse de mes désirs.

... jhamâi së rëcôbro »

Aurore aux doigts roses
S’approche à pas feutrés.
Je reprends mon chemin.
Mon refuge est si proche, mais mon cœur est si LOIN.

« Tên përdu, jhamâi së rëcôbro » *

* « Temps perdu jamais ne se retrouve» – Proverbe occitan médiéval.

Elisabetta Schena
Université de Bari
Bari (Italie)






La prière au désert

Sur la dune immobile, au milieu du désert,
Un cavalier targui descend de sa monture ;
Solennel, il s’apprête et sa haute stature
Domine sombrement l’horizon découvert.

Ainsi que chaque soir, ôtant le foulard vert,
Qui masque son visage et la fauve ceinture
Où le cuivre scintille, il invoque et murmure
Le divin nom d’Allah qu’il vénère et qu’il sert.

Ensuite, il se prosterne et le front contre terre
Il baise la poussière où dorment ses aïeux,
Les sultans du Hoggar, fiers et mystérieux.

Puis, ayant terminé, cavalier solitaire,
Il se remet en selle, et s’enfonce, et se perd
Dans le sable infini, vaste comme la mer.
Nicolas Benichou
Lycée Jeanne d’Arc
Mulhouse (68)







Dans un bus rectangle, j’ai rencontré Isocèle.
A sa mauvaise mine ovale et ses yeux amandes pleins de zèle,
Je me suis rendu compte que cela ne tournait
Pas rond mais plutôt carré.

Alors, tout en se positionnant parallèlement
Face à moi, il m’avoua que cela n’allait plus entre lui et Pythagore,
Qu’ils n’étaient plus du même côté malgré ses efforts,
Et que Pythagore avait, vers l’axe des ordonnées, fait basculer ses sentiments.

Oui, il était tombé amoureux d’un triangle équilatéral
Et, bien qu’il eût avec Isocèle une bonne symétrie latérale,
Il ne voulait plus rester avec un tel triangle.

Isocèle devint fou et doutait de ses angles
Mais il voulait qu’un ami cube le rassure pleinement
Et pourquoi pas rencontrer un cylindre au lieu de prendre un autre plan.
Céline Marmiesse
Lycée Saint-Louis Villa Pia
Bayonne (64)






Baiser brûlant

– Docteur, je ne me sens pas très bien... – Depuis quand ?
– Plus d’un mois déjà. ça m’a pris soudainement.
– Où souffrez-vous ? – Au cœur, des brûlures incessantes.
– Et votre esprit ? – Encombré, j’ai l’âme naissante.

– Vous y pensez souvent ? – Tout le temps. – Maintenant ?
– Oui. – Et vous êtes malheureux en son absence ?
– Comment avez-vous deviné ? – En sa présence ?
– Tout léger, silencieux et idiot sûrement.

– Monsieur Julien, vous êtes chanceux. Peu connaissent
Le symptôme d’Androgyne. Miraculeux !
– C’est grave Docteur ? – Rare surtout. – Tentaculeux ?

– Si l’on veut. - Y a-t-il des remèdes ? – Des caresses,
La chlorophylle de ses yeux. Julie de sable.
Vous avez la maladie d’amour. Incurable !
Julien Fantino
EDHEC
Nice (06)






Ca y est maman, je suis grand, je suis Nadulte.

Et puis la vie...

Tu sais maman, je crois que la vis c’est essayer d’être un Nadulte en restant un Nanfant.

Pis on découvre La Mour...

On Naime, on est Taimé, on se sent fort, grand, solide, on croit qu’on est un Nadulte quoi.

Et pis ya Latune M’man, j’ai rien compris à Latune.

Y’a tout le monde qu’en veut pasque y’a personne qu’en a.

Mais si personne n’en na, pourquoi y’en na qu’y’en cherche ???

J’ai pas compris, moi, le truc des Riches et le truc des Pauvres.

Mon popain y dit k’s’est un pauvre et qu’moi j’suis un riche et qui veut plus êt’mon Popain.

J’comprends pas maman, c’était mon popain au gendarme et au voleur, aux indiens et aux cowboys, au chat et à la souris.

Pourquoi c’est plus mon popain quand on est riche et pauvre?

Et pis maman, j’en ai marre de vouloir être un Nadulte d’abord.

C’est nul un Nadulte. On a plus de câlins, on a plein de chagrins. On a plus de popains, mais on doit être content.

Maman c’est dur d’être un Nadulte, dis moi maman, je peux rester ton Nanfant ???
Camille Toulmonde
Cité scolaire André-Chamson
Le Vigan (30)






Ma tribu

Dans mon esprit il y a des bulles
Qui explosent en éclats de rire.
Il y a des géants minuscules
Qui ne demandent qu’à grandir

Dans ma famille de souvenirs,
Je me rappelle de quelques frères.
Je vois des gens pleins d’avenir
Parfois des clowns célibataires,
Des vieux qui nous font rajeunir
Et des passionnés de Baudelaire.

Dans ma tribu il y a des rêves
Auxquels les fous ne pensent pas.
Des enseignants et des élèves
Et de pacifiques soldats

Dans mon jardin les vers de terre
Savent qu’ils ne sont pas loin des nuages.
Les fleurs de mon imaginaire
Adorent se faire des tatouages
Elles se dessinent des dictionnaires
Pour pouvoir partir en voyage.

Ma mère est une bohémienne.
Autant russe qu’iranienne.
Ma tribu est musicienne
à quoi ressemble la tienne ?
Marine Piranian
Lycée de la Méditerranée
La Ciotat (13)






GRANDES VACANCES !

Dès le premier septembre, je compte les jours jusqu’à ton arrivée.
Tu encadres une année scolaire, comme Rimbaud des vers en beauté.

Oh ! Je rêve tant de tes deux mois,
Durant mes dix mois, cinq fois plus longs que toi,
A patauger !


Lal ! Lal ! Lala ! Passer toutes mes journées à glandouiller, à gondoler !
Qu’est-ce qu’on t’attend, quand on s’ennuie, qu’on n’a pas le temps...
Qu’on ait 7 ou 17 ans !
Tu es les deux mots les plus doux et sûrs qu’un jeune peut écouter ;
Et même si éphémère, tu es au moins là pour ces moments essentiels, ne manquant jamais de nous rassurer.

On est patient...
On est patient...
Mais allez ! Dites aux autres époques de l’année de se grouiller !


Nous voulons brûler tous nos cahiers du « petit CP » à la « grande T »
Lors d’une fête grandiose, passée à te vénérer !
Et ceci rigoureusement chaque année,
Pour célébrer sûrement la seule fois de l’année,
Où nous sommes réellement proches de
la liberté...


Allons ! Allons ! Rentrons en transe :
VIVENT LES GRANDES VACANCES !
Pauline Venegas
Lycée Jules-Verne
Morningside (Afrique du Sud)






Turlututu rotoplos pointus :

Jeanne d’Arc a le bout des seins pointus,
Tout, tout, tout pointus et roses comme des bonbons,
Comme de gros bonbons au vilain goût verjus,
Jeanne d’Arc a les rotoplos bien mignons !

Elle pavane sur les murs d’Orléans,
Toute guillerette et pimpante, en sifflotant
Un petit air de jazz amerlocain.

Elle pavane sur les pointes et en tutu,
Sur les remparts et les contrescarpes moussus.

Tout le monde se retourne sur son passage,
On fait de l’ œil, on zieute sous le corsage :
– Eh là, donzelle ! Je vous offre un brandevin ?

Mais voilà t-il pas que surgit l’abbé Cauchon,
Cigare au bec et soutane en coton !
L’abbé Cauchon qui n’aime pas les seins pointus,
Qui n’aime que la poitrine de porc fumée
Et qui crie comme ça, deux points ouvrez les guillemets :
« Moule à gaufres ! Ectoplasme ! Morue !
Couvrez moi donc ce sein que je ne saurais voir,
Ou je vous embroche vive à la rôtissoire ! »

L’abbé crie. Mais Jeanne s’en fout.
Elle met les bouts,
Elle fout le camp... en sifflotant
Un petit air de jazz ou de java :
Doubidoubidoubida...
Florent Zephir
Université de Provence Aix-Marseille 1
Aix-en-Provence (13)






Poète de l'année 2007 : René Char



Allégeance

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima ?
Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. À son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ?
René Char
(extrait de Fureur et mystère, 1948, © Éditions Gallimard www.gallimard.fr/)




L'amoureuse
et
Introduction au poète de l'année 2008



El Desdichado

Je suis le ténébreux, - le veuf, - l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.
Gérard de Nerval
Les Chimères, 1854




Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... et dont je me souviens !
Gérard de Nerval
Odelettes, 1853

 

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