Le poète Le poète, des vers une strophe, un verre catastrophe, Des mots démodés et d’autres remodelés, Des mots limpides pas si vides de sens, beaucoup de cohérence, L’importance d’une idée pleine de lucidité, Une avidité des mots à la bonne place. Pas de chance, contresens, entre passé futur et présent, Globalement inconscient et ne jamais endurer la censure. Des phrases tranchantes à la signification flottante, Une intention pleine de compassion dans chaque bribe, Tel un scribe qui crible ses pages, De gammes mineures et majeures, Du slam dans cette âme. Un drame qui ne t’alarme pas. C’est pas ma veine, monté sur scène, tu reprends les rênes et, Tu contes un mythe rythmé plein d’intimité. A travers le langage, l’avenir du poète et de sa poésie, Un projet empli de rêves qui s’achève pas très loin, Juste là , au dernier point.
Thibault Choulot Lycée Paul-Gauguin Moorea (987)
Papillons Papillons, Dans ma tête, légers, vous volez à toute vitesse et entremêlés Ce désordre de couleur me ramène à la réalité pâle et sans ardeur. Papillons, Dans mon cœur, vous furetez, pour essayer de trouver des émotions, mais aucun détail d’émoi ne vous apparaît, car cet endroit est en effet un vide sans fond. Papillons, Dans mon ventre, vous grouillez vous me donnez faim et passions ; de là vous faites naître des envies, un rêve, une sensation et qui sait, peut-être une larme... ?
Emmanuelle Bruneel Lycée Louis-Massignon Abou Dhabi (émirats Arabes Unis)
Sonnet Gascon L’astre opalin se noie dans la blancheur des pierres, Le vent d’autan ne fait qu’effleurer les allées Tant de châteaux meurent, tant sont déjà poussière, Il semble que Dieu ait perdu ses osselets. Les tonneaux de chêne laisse monter l’odeur D’un parfum d’Armagnac, un délicieux mélange D’un fruit plein de plaisirs aux incessants labeurs. De la cave humide monte la part des anges. La vigne s’effiloche et la feuille s’éteint Sous la brume épaissie qui étouffe les cris De ce volatile que l’on gave de grains. L’alcool et le graillon, dans le rire et le bruit Des gloutons voraces, montent sur la potence, Remplissant, malheureux, et leurs yeux, et leurs panses.
Pierre-Louis Boyer Université Toulouse 1 - Arsenal Toulouse (31)
L’Envol & la Chute Portée par le zéphyr je le fus si souvent Lorsque par ton sourire tu persuadais le vent De m’emporter si haut que Paris vu du ciel N’était plus qu’un hameau parsemé d’étincelles De m’emporter si haut que même la mer d’ici N’était qu’un fin ruisseau, une flaque après la pluie Je sais que chaque envol fait place à une chute La mienne fut seulement plus longue et douloureuse J’ai cessé toute lutte et j’ai feint d’être heureuse Je suis devenue folle de ne l’être vraiment Comme une étoile s’éteint, comme une vague s’échoue Comme le soldat au loin une larme sur la joue Que sa conscience soudain rattrape et le rend fou Comme son orgueil qui feint de résister à tout Moi je tombe à genoux la tête entre les mains Quand je repense à nous et notre sombre fin J’ose la confidence de mes peines et regrets Assaillie, submergée par les réminiscences D’un bonheur éphémère qui n’ont plus aucun sens Qui errent dans l’atmosphère et s’estompent à son gré Adieu à toi mon ange et sache que les temps changent Qui sait si un beau jour tu ne mourras pas d’amour ?
Inès Vallez Lycée Saint-Jean Saint-Quentin (02)
Aube La terre est un bocal qui joue à l’alambic Sevrant notre marée dans ses flots sous latence Cafard ! cet ivre boit les cendres d’inconscience Pendues bien loin d’un corps perdu ; proie des Lombrics Voilà déjà deux mois, qu’il vit à contresens Ce triste transmetteur tient un mal arctique Éole pourtant me chuchote en italique Rêver ; se lit... même la nuit dans les deux sens, Notre rupture, une fille, un hôtel Comme un brasier rutilant sur le djebel Séparant l’horizon, sans alternatives Spasmes, digues brisées, noyant les champs d’iris D’Aphrodite et Vénus qui lisent cet oasis Ô dernières rimes ! Séropositives.
Vincent Aurez Lycée Camille-Pissaro Pontoise (95)
Fourmi La voilà ! Alors que la forêt tarde à s’endormir Mandibules fragiles, l’anonyme d’un soir Elle traverse les mondes Passante vêtue de noir Elle vient Quand s’ouvre sous tes pas l’invisible frontière Muette travailleuse de l’infime univers De son destin de miettes L’unique prisonnière Elle s’en va Adieu la reine et les automates Un nuage chargé déverse son flot Voyageuse éphémère emportée par la pluie Un corps abandonné à la surface de l’eau.
Naomi Bellaiche Lycée du Sacré-Cœur Tournon-sur-Rhône (07)
Sonnet d’été Le bonheur c’est savoir s’arrêter en chemin, Et pouvoir retrouver la fraîcheur enfantine, Réciter un poème, fredonner une comptine, Avoir les mains qui collent, sang sucré du raisin... Le bonheur c’est savoir regarder en arrière, Etre encore un enfant, toucher du doigt le ciel, En écoutant le vent, rêver d’avoir des ailes, S’imaginer un monde sans barrage ni frontière... Le bonheur c’est garder un p’tit peu d’innocence, Et goûter des cerises, repenser à l’enfance, Faire deux, trois cabrioles, grimper dans le sapin... Avant la fin du jour, cueillir la fleur des champs, S’en aller dès le soir, scrutant le firmament, Le bonheur c’est aussi continuer son chemin...
Tiffany Aubert Université Catholique de l’Ouest Angers (49)
J’ai baisé l’aurore J’ai baisé l’aurore Un jour de pluie Quand l’eau des cieux Se gorgeait d’or Quand les flaques nouvelles Sur l’asphalte brillaient S’irisaient En touchant l’herbe proche Dans mes poches nous étions Lovés, comme trois cailloux Qu’une main mélange D’un amour nu de mots Et la brillance et La soie du galet Etaient comme frissons Pour la mémoire J’ai baisé l’aurore Comme on baise le front D’un enfant qui s’enfièvre. Comme on goûte des sens La chaleur d’un flocon. Comme on boit la parole Qui attend de se taire...
Pierre Anselmet Lycée de Presles Cusset (03)
La nuit aux quatre vents Plus vrai qu’un aveu, plus douce qu’un poème, Plus désirée qu’un vœu, plus belle qu’un je t’aime D’un élan merveilleux, étoiles pour emblème, La nuit aux rêves radieux devint diadème. Tout vint Chants de cigales et des soirs d’été crépitants Un ton trop heureux, pour des visages trop blêmes... La solitude étreint ces instants fulgurants La nuit secrète portait l’écho des blasphèmes Tout s’en ira Visage pâle et triste d’un espoir fané, De l’image trouble d’un rêve anéanti, Du souvenir terne d’un désir consumé, C’est le revers de la nuit... deuil de nos envies Tout s’en va Douze heures et douze tours de l’horloge vieillie Puis tour de mon âme où, souvent, loge l’ennui La nuit murmurait les paroles du silence Dès lors le temps et le vent dansaient en cadence. Tout s’en est allé Rose du printemps éclora tel un poème Plus désirée qu’un vœu, plus belle qu’un je t’aime D’un élan merveilleux, étoiles pour emblème, La nuit aux rêves radieux devint diadème. Tout revient
Yasmine Hajri Lycée Pierre-Mendès-France Tunis (Tunisie)
Tombent tombent les feuilles rousses Je souffle le papier froissé Son enfeuillé Feuillet de vert, vert marronné Allongée devant, belle écorce étoffe mon cœur, et le froisse Et prend, de mon cœur, chaque fil Et prend, et de sa voix, murmure Je t’aimerai.
Mikaël Schinazi Lycée Français de New-York New-York (Etats-Unis)
Veillée touareg Flammèches blondes flammes rondes étincelles rondes et lunes d’onde Le jour s’enfuit la nuit le suit Le feu s’allume sans un bruit Sable sombre et nuit belle d’ombres Sans prévenir le jour s’effondre Senteur miel et étincelles Mots étranges pour rêves d’ange Lumière vive sur le qui-vive Beauté des chants notes qui vivent Gouttes d’or fin sans cesse mouvant Sous regard sombre et sourire blanc Sans rien comprendre je m’émerveille De l’or qui danse des voix qui veillent Et sous la lune les yeux fermés Il m’est enfin permis d’aimer.
Margaux Milhade Lycée International Alexandre-Dumas Alger (Algérie)
Fleurs du printemps, tristesse Du vent, un morceau et un morceau De la pluie, une goutte et une goutte Battent le bout des branches Ont embrumé tes yeux Baisse la tête, les larmes mouillent tout ton visage. Les pétales tombent rapidement et légèrement Dans ce vert Tel un teint de jade rongé par le chagrin. En cette saison de pluie Le printemps de Jiangnan si triste, Si tristes les eaux du fleuve, ne deviennent qu’un fil.
Xiaozhen Mao Lycée des affaires étrangères de Ningbo Ningbo (Chine)
Poème pour le Liban C’est là où les étoiles embrassent la terre. C’est là où la lune salue le vent C’est là où les monts combattent les guerres. C’est un chef d’œuvre c’est un roman. C’est là où les vagues sont les chansons de la mer C’est là où passe rapidement le temps C’est là où la lumière danse avec l’air C’est là où l’amour accompagne les gens C’est un poème c’est une prière C’est simplement le Liban.
Jessy Taoun Collège des Sœurs des Saints-Cœurs Tripoli (Liban)
Elle danse. La Valse. Il préfère la jouer. Elle, robe à pois et grand chapeau. Lui, petit veston et noir tango Elle voudrait qu’il lui parle, la regarde quand elle danse. Il ne sait qu’écouter, sans perdre la cadence. Son rire, sa robe, ses jupons. Ses mains et son accordéon. Ses yeux, perdus, heureux. Les siens, chauds, langoureux. Java. C’est pour ça qu’elle est là . Lui ne vit que par ça. Elle pense tendrement Qu’il doit être maladroit, Et l’observe en tournant, Espérant qu’il la voit. Il regarde mais pourtant Ne pense pas à ça. Un clin d’oeil au batteur : C’est bientôt la Coda. Quand elle est sur la piste, C’est pour lui qu’elle existe. Mais c’est pour le Tango Qu’il a courbé son dos. Et le soleil couché Il veut seulement jouer.
Nathalie Bernat Lycée Lapérouse Albi (81)
On se revoit petite fille, Trébuchant gentillement dans les feuilles d’automne, Le vent dansant dans ses cheveux, C’était les temps heureux, Tic-tac, Le temps passe, Laissant de vagues traces, Des âmes brisées par le temps, Et de pâles souvenirs noirs et blancs, On me revoit il n’y a pas longtemps, Assise seul sur ce banc, J’allume ma clope sous la pluie, Et le monde est gelé Je ne veux plus être, Une de ces âmes égarées... Tic-tac, Le temps passe, Emportant les flash-back, Les fantômes du passé sont partis, Je suis amoureuse de la vie, Je me vois aujourd’hui, Loin de mon pays, Je l’ai joué Carpe Diem, Et tel une bohême, J’ai embrassé ma petite France, Et la belle enfance...
Laura De Siebenthal Ecole française du Cap François-le-Vaillant Le Cap (Afrique du Sud)
Craquelure d’indigo
Environnée de chimères et de navires,
respirant l’enfance à l o n g s t r a i t s,
elle préside aux songes.
Chavirée dans sa chevelure mousseuse, zonzonne une libellule,
frissonnante javeline de gypse poudré.
Contre ses tempes d
é
g
r
i
n
g
o
l e une grappe
de grelots
et
blottie sur sa nuque,
une volée de boucles blondes de thé s’alanguit :
éblouissante architecture baroque,
ferveur de l’or.
Les cils d’encre papillonnent,
des girandoles de liserons libertins ourlent son regard trèfle d’eau :
deux pastilles de menthe.
Enfant talisman,
Sur sa robe de lin seigle,
elle fixe des vertiges : les arabesques d’un rameau de rhubarbe.
Juliette Picquier Lycée Louis-Pasquet Arles (13)
Moi, l’HOMME J’ai bâti mon univers de mes propres mains. J’ai dessiné sur les parois des grottes Des animaux sauvages que j’ai apprivoisés. J’ai construit des ponts au-dessus des rivières Et je me suis penché sur leurs ondes, Pour écouter le murmure de l’eau parlante. J’ai élevé des maisons Où résonnent les éclats de rire des enfants Et les paroles sages des grands-parents. J’ai pris la palette d’un peintre Et j’ai jeté autour de moi Des taches de couleur Pour en faire les arbres, les montagnes, la mer. J’ai volé l’or du soleil pour le transformer en feu Et de l’argent de la lune j’ai fait des nuits reposantes. Ce jardin paradisiaque, je l’ai appelé TERRE. Et depuis, je veille à ce que des mains ennemies Ne s’emparent pas de mon trésor.
Oana Bivolaru Lycée Jean-Louis-Calderon Timisoara (Roumanie)
Mon soldat Le sang et les guerres Ont tracé les terres, Mes mots tracent une feuille Pour distraire le sommeil, La nuit, Je ne dors pas Je ne fais que compter mes pas, J’ouvre les fenêtres Je relis tes lettres Tes mots j’entends encore leur air Qui se balade dans l’air Tu m’as dit que nos âmes sont liées Alors pourquoi m’as-tu oublié ? Es-tu encore en vie ? Donne-moi une réponse Et le plaisir d’une autre danse.
Bouchra Chougrani Lycée Wad Dahab Oujda (Maroc)
Éveil Sur les trottoirs endormis de la grande amoureuse des pieds égarés se brisent le cou pour voir le ciel les souffles blanchissent au son des moteurs qui s’évanouissent sans nous. Les gris soldats semblent s’être parés Des cendres de mes cils pesants De mes cernes comme deux cratères Des relents d’un rouge lointain devant la ville qui s’étire Sur la route déflorée Mes bottes se traînent d’un pas qui ne répond plus au tien Les gens parlent une langue stellaire qui m’échappe sur les trottoirs insolents de la grande amoureuse Au milieu de l’encre Au début du jour.
Stéphany Gagnon Cégep de Sainte-Foy Québec (Canada)
Tandem amoureux Le souffle des mains apaise les collines fait flotter le frisson le long de l’échine où les regards déposent d’imperturbables lueurs à l’ombre des noirceurs puis les mots s’envolent en de muettes supplications consolées par un chant infini de caresses sur le champ de bataille des questions qui s’allument défaillir aux retrouvailles des lèvres heureuses qui s’étreignent à en manquer de souffle les peaux se mordent comme les cœurs s’épousent alors que les mandibules démantibulent l’esprit et tordent la pluie endormie et pendant que les yeux s’explorent les langues se percent à l’envie de moucharder le bonheur à l’oreille de l’oubli
Ariane Tapp Cégep de Sainte-Foy Québec (Canada)
Sous les ombrelles des garçons Des ombrelles blanches comme une demi-mesure Se signent d’étranges apparitions ; il se recrée le vagabondage Des soirées où il n’est pas question d’amour mais de rôles suspects De détournements gris et jaunes, et les inimitables ombrelles De givre et de coton, au passage anachronique D’une damoiselle ivre Flottent Se décachète dans le déséquilibre Quelque bouteille d’illisible, la récréation courte comme un été incertain En nos oreilles froissées – Et les garçons de mon quartier rouge et jaune Ont des ombrelles mouvantes et des dentelles qui feraient de la peine Si on prenait quand même La peine d’y regarder en plus vrai, et toi Tout de même peux t’obstiner entre mes doigts, qu’on ne fleure à peine Pareil à un pieux rayon entre les rênes de minuit On se roulera sous le mortier fêlé de l’infini Et les ombrelles rouges et jaunes comme une huître Au dessus des têtes de cuistre Des garçons inhabitables Flotteront.
Asmae Khamlichi Lycée Ryad Al Maârifa Rabat (Maroc)
J’ai pris la lumière d’un lampadaire et je la garde dans ma main pour te la donner demain J’ai pris la lumière de c’lampadaire en y grimpant jusqu’au sommet où je n’irai plus jamais J’ai pris la lumière du lampadaire qui doit être très malheureux mais moi je suis amoureux
Loïc Monnier Lycée Auguste-Pavie Guingamp (22)
~ROUGE~ Le matin vient, je mets mes chaussures à talon Elles sont d’un rouge et d’une brillance sanglante Puis je cueille un coquelicot dans le même ton Et le pique dans une mèche, tremblante Ainsi vêtue, je marche le long de la rue Un sourire se dessine sur mon visage Mais mes lèvres entrouvertes ne sont qu’un mirage Personne ne sait la raison de ma venue Un vieux chat intrigué semble se demander Quel genre de loup ce chaperon a rencontré Mes talons résonnent sur le chemin Le soleil levant éblouit mes yeux Mais les baisser serait trop audacieux Quel lourd secret j’ai du sang sur les mains.
Clara Janin Lycée Henri-Moissan Meaux (77)
A une bouteille Allez tournez fleur rouge Votre cœur danse bouge Sous ma folie ma fièvre Belle, votre robe exquise Se gonfle sous la brise Et j’en pince mes lèvres Vous souvenez vous jadis vous me teniez la main Et nous allions ternir nos rêves jusqu’au matin Allez tournez fleur rouge Dans les rues dans les bouges De Paris à Clermont Belle, fée de mon flacon Déposez sans pudeur La mordorée saveur Déposez dans mon cœur Votre sang de malheur
Mathieu Piot IUT Clermont-Ferrand Aubière (63)
« Milena » Que la main égarée aux six doigts serpentés Dessine sur ton corps comme une ligne douce Horizon dénudé - grève d’éternité Jusqu’au désir courbe d’un baiser qui s’enroule L’écho de ton visage au reflet de mon cœur Se joue des passages sous un lit de rumeur Je chercherai la nuit - Soudaine fiction Poursuivre cette empreinte où sont creusés nos pas Soupirs lovés où se glissent Goût de nos lèvres Les mots rêveurs que l’on dérobe à l’avenir Jusqu’à perdre le temps Ne plus l’entendre - battre Entre nos deux silences Il n’y a qu’un - souffle, Ô béant souvenir Traverse - insatiable Frontière intime Terre peuplée d’instants Instant ! Me revoilà passeur Tombant - entre tes mains
Romain Pichon-Sintes Université Paris 7 Paris (75)
Inconcevable est le nombre d’images, de sons, de questions qui défilent chaque seconde sur le tissu incompréhensible, unique et méconnu de la pensée humaine. Quinze centimètres carrés de ta tête. La taille de ta trousse à maquillage, de ta boîte à CD, de trois balles de tennis, d’un Big Mac Deluxe. Réseau de filaments, réseau d’échange entre le monde et toi, entre ce que tu sais, ce que tu veux savoir et ce que tu ne sauras jamais. Les zèbres sont blancs aux rayures noires Un nombre d’idées inimaginablement enfermées dans ces milliards de poussières que nous sommes, chromosomes de l’atmosphère, fourmis envahissantes d’une planète sans nom original. Espèce unique contenant en elle le souvenir et l’avenir. Espèce en extinction sont les douteux, les romantiques, les simplets, les naturels, les enfantins, les rêveurs, les pas d’accord, les innocents, les vrais, les marginaux, les inclassables. Petites étiquettes sur dossiers rangés, dans les grands tiroirs du recensement. L’originalité c’est toutes ces bulles colorées à l’intérieur, ces bulles qui au fil du temps éclatent, savonneuses. De nouvelles bulles, plus conformes, plus logiques, moins rieuses les remplaceront. L’apparence devient réalité dans la fourmilière grisâtre de la normalité. Les zèbres sont noirs aux rayures blanches La normalité c’est comme un fer à repasser ; uniformiser, lisser, se ranger, s’arranger, se ressembler. Espoirs, rêves, et créativité s’envolent : cendres de cigarette et uniforme social. Rester en vie, c’est faire du collage ; patchwork d’expériences, d’images, de fantasmes, d’idées osées et paradoxales, Légères petites bulles colorées et savonneuses, enfouies dans le secret de leur existence imaginaire. Les zèbres sont blancs aux rayures noires, Les zèbres sont noirs aux rayures blanches.
Carlotta Morteo Lycée Français de New-York New-York (états-Unis)
Humpf... Quoi ? Page 36... « regardait par-dessus son épaule ». Qu’est-ce que ça raconte déjà ... Oh, tant pis, il fait beau dehors. Quelle étrange impression que de se réveiller, en un sursaut, après un chaud sommeil, au son sourd du piano. Elle doit faire ses gammes en bas... Je regarde le ciel par la fenêtre. La gomme céruléenne en a effacé la grisaille, et le soleil traverse les petits nuages clairsemés. Les feuilles jaunes des arbres maigres et noirs jonchent le sol de leur or pourrissant. Je pousse la lourde porte de bois, qui se referme derrière moi, emprisonnant l’odeur de bon gâteau qui s’exhalait de la cuisine et les arpèges à l’intérieur de la maison. Les dalles blanches et noires seront souillées de boue à mon retour... L’air est frais, les pavés sont mouillés de cette sueur de rosée, que perle la Nature, émue de retrouver son soleil aimé. Il a dû pleuvoir, tout à l’heure, quand je dormais. Je vois l’eau qui brille, et qui coule en un murmure, sous le petit pont de pierre. Je passe sur le chemin que couvrent les érables et les platanes, ici, là , une feuille se détache sans bruit, et tombe lentement, voletant. Mes bottines baignent dans les flaques, je vois mon reflet dans celle‑ci. La tache rouge de mon manteau, la tache bleue du ciel... Je saute dans celle d’à -côté, tout se trouble, le ciel m’envahit, et j’envahis le ciel. Comme l’ennui envahit ma vie. C’est décidé, adieu. Je cours sur le chemin, sous la tête chauve des arbres, sur leurs reliquats jaunes, à côté du muret de pierre, entre les troncs sombres. Un coquelicot, j’arrête ma course, et m’accroupis à côté de lui. Je le regarde, je lui souris, je le cueille et en orne mes cheveux. Une goutte de pluie suspendue à une branche tombe sur ma joue et la peint, rejoignant le vermeil de ma bouche fraîche. Je l’étale sur ma lèvre. Je lève les yeux au ciel, je souris. Il est temps, mademoiselle.
Sonia Baudry Lycée Léonard-de-Vinci Montaigu (85)
La page blanche Les têtes sont baissées, les doigts pleins de sueur, Les plumes font des ronds, les esprits font des bulles, Penché sur une feuille blanche, vierge de tout labeur, Face à d’horribles questions, l’élève recule. Anouilh, Kafka, Hugo, Sartre et autre Voltaire L’affligent de leurs mots, le perdent dans leurs idées. Seize ans à peine et déjà inhumé sous terre... Contre la feuille blanche, nul ne peut être aidé. L’encre qui s’échappe est aussitôt effacée, Les pensées fusent, le cerveau fume, mais la main bloque Car la feuille blanche, grand colosse froid et glacé Menace du parfait zéro de sa voix rauque.
Audrey Risser Lycée Paul-Sabatier Carcassonne (11)
La tienne, de. Et toi : des mots qui respirent, pleins de jolies apocalypses en devenir et qui tombent, flocons de sens sur le lecteur (ton semblable, ton frère). Tu sais, eux aussi sont des ombres-enfants, pas les lecteurs, les mots, les tiens, et ils se vivent comme des caresses et on en sort peau mouillée ressac au corps, la poésie salive, la poésie s’anime, la poésie. La tienne, de poésie, tripes ouvertes, cuisinées, et servies sur les tables de ceux qui la lisent : les littéraires sont tous un peu anthropophages. Tous un peu désaxés. Et en équilibre sur le vide, au point de rencontre des décentrages, funambule amoral, il y a toi, langue tirée (peut-être par insolence, par application, par envie de la mettre dans ma bouche, ou par reste d’enfance, peut-être). La tienne, de poésie, qui s’accroche à la peau, et qui colle, qui explique, qui essaye de comprendre, toujours, son existence à elle, et puis, ton existence à toi, et puis la mienne et celle des autres et celle de. Toutes les planètes dans ton regard qui s’aplatissent en mots, qui mordent, qui caressent. Toutes les planètes. Le papier comme un corps qu’on noircit, trempé dans l’encre, noyons-les tous, Dieu reconnaîtra le sien, le papier comme un corps (nos corps cordes tendues jusqu’à la déchirure). Noyée, asphyxiée de mots qui déferlent, tempête de sens. Les pendus meurent le désir au corps, à cause du manque d’air, tu vois. La poésie : crever, crever en râlant de plaisir. La poésie, la tienne. Asphyxies.
Katia Belkhodja Université de Montréal Montréal (Canada)
Poème Je t’écris toi poème Avec ces mots qui viennent Mots qui demain peut-être Ne m’évoqueront plus rien Mots qui pourraient former Quatrains, tercets ou bien Quelques belles rimes croisées Suivies ou embrassées Je t’ai voulu ainsi Et je t’en supplie Garde ta simplicité, ta vie, ta liberté Garde... Simplicité... Vie... et Liberté...
Marie Guerer Lycée Saint-Esprit Landivisiau (29)
Le chant du troubadour
« Tên përdu, jhamâi së rëcôbro » * L’obscurité Se pose tranquille sur le monde. Scintillent les étoiles dans le ciel comme des pierres précieuses Et toi, ô sœur Lune : une lanterne le long de mon chemin. La brise Souffle silencieuse sur le monde. Ondoient les blés au vent comme des vaisseaux Et vous, ô sœurs Nuages: le berceau de ma solitude. « Tên përdu...
Votre serviteur chenu Halète dans les abîmes de la nuit. Se succèdent ses soupirs comme des nénies interrompues Et vous, ô frères Tonnerres : l’écho de mes soucis. Votre fidèle languissant Chante dans les abîmes de la nuit. S’évanouissent ses rêves comme les ombres du soir Et toi, ô mère Terre : la tisseuse de mes désirs. ... jhamâi së rëcôbro » Aurore aux doigts roses S’approche à pas feutrés. Je reprends mon chemin. Mon refuge est si proche, mais mon cœur est si LOIN.
« Tên përdu, jhamâi së rëcôbro » *
* « Temps perdu jamais ne se retrouve» – Proverbe occitan médiéval.
Elisabetta Schena Université de Bari Bari (Italie)
La prière au désert Sur la dune immobile, au milieu du désert, Un cavalier targui descend de sa monture ; Solennel, il s’apprête et sa haute stature Domine sombrement l’horizon découvert. Ainsi que chaque soir, ôtant le foulard vert, Qui masque son visage et la fauve ceinture Où le cuivre scintille, il invoque et murmure Le divin nom d’Allah qu’il vénère et qu’il sert. Ensuite, il se prosterne et le front contre terre Il baise la poussière où dorment ses aïeux, Les sultans du Hoggar, fiers et mystérieux. Puis, ayant terminé, cavalier solitaire, Il se remet en selle, et s’enfonce, et se perd Dans le sable infini, vaste comme la mer.
Nicolas Benichou Lycée Jeanne d’Arc Mulhouse (68)
Dans un bus rectangle, j’ai rencontré Isocèle. A sa mauvaise mine ovale et ses yeux amandes pleins de zèle, Je me suis rendu compte que cela ne tournait Pas rond mais plutôt carré. Alors, tout en se positionnant parallèlement Face à moi, il m’avoua que cela n’allait plus entre lui et Pythagore, Qu’ils n’étaient plus du même côté malgré ses efforts, Et que Pythagore avait, vers l’axe des ordonnées, fait basculer ses sentiments. Oui, il était tombé amoureux d’un triangle équilatéral Et, bien qu’il eût avec Isocèle une bonne symétrie latérale, Il ne voulait plus rester avec un tel triangle. Isocèle devint fou et doutait de ses angles Mais il voulait qu’un ami cube le rassure pleinement Et pourquoi pas rencontrer un cylindre au lieu de prendre un autre plan.
Céline Marmiesse Lycée Saint-Louis Villa Pia Bayonne (64)
Baiser brûlant – Docteur, je ne me sens pas très bien... – Depuis quand ? – Plus d’un mois déjà . ça m’a pris soudainement. – Où souffrez-vous ? – Au cœur, des brûlures incessantes. – Et votre esprit ? – Encombré, j’ai l’âme naissante. – Vous y pensez souvent ? – Tout le temps. – Maintenant ? – Oui. – Et vous êtes malheureux en son absence ? – Comment avez-vous deviné ? – En sa présence ? – Tout léger, silencieux et idiot sûrement. – Monsieur Julien, vous êtes chanceux. Peu connaissent Le symptôme d’Androgyne. Miraculeux ! – C’est grave Docteur ? – Rare surtout. – Tentaculeux ? – Si l’on veut. - Y a-t-il des remèdes ? – Des caresses, La chlorophylle de ses yeux. Julie de sable. Vous avez la maladie d’amour. Incurable !
Julien Fantino EDHEC Nice (06)
Ca y est maman, je suis grand, je suis Nadulte. Et puis la vie... Tu sais maman, je crois que la vis c’est essayer d’être un Nadulte en restant un Nanfant. Pis on découvre La Mour... On Naime, on est Taimé, on se sent fort, grand, solide, on croit qu’on est un Nadulte quoi. Et pis ya Latune M’man, j’ai rien compris à Latune. Y’a tout le monde qu’en veut pasque y’a personne qu’en a. Mais si personne n’en na, pourquoi y’en na qu’y’en cherche ??? J’ai pas compris, moi, le truc des Riches et le truc des Pauvres. Mon popain y dit k’s’est un pauvre et qu’moi j’suis un riche et qui veut plus êt’mon Popain. J’comprends pas maman, c’était mon popain au gendarme et au voleur, aux indiens et aux cowboys, au chat et à la souris. Pourquoi c’est plus mon popain quand on est riche et pauvre? Et pis maman, j’en ai marre de vouloir être un Nadulte d’abord. C’est nul un Nadulte. On a plus de câlins, on a plein de chagrins. On a plus de popains, mais on doit être content. Maman c’est dur d’être un Nadulte, dis moi maman, je peux rester ton Nanfant ???
Camille Toulmonde Cité scolaire André-Chamson Le Vigan (30)
Ma tribu Dans mon esprit il y a des bulles Qui explosent en éclats de rire. Il y a des géants minuscules Qui ne demandent qu’à grandir Dans ma famille de souvenirs, Je me rappelle de quelques frères. Je vois des gens pleins d’avenir Parfois des clowns célibataires, Des vieux qui nous font rajeunir Et des passionnés de Baudelaire. Dans ma tribu il y a des rêves Auxquels les fous ne pensent pas. Des enseignants et des élèves Et de pacifiques soldats Dans mon jardin les vers de terre Savent qu’ils ne sont pas loin des nuages. Les fleurs de mon imaginaire Adorent se faire des tatouages Elles se dessinent des dictionnaires Pour pouvoir partir en voyage. Ma mère est une bohémienne. Autant russe qu’iranienne. Ma tribu est musicienne à quoi ressemble la tienne ?
Marine Piranian Lycée de la Méditerranée La Ciotat (13)
GRANDES VACANCES ! Dès le premier septembre, je compte les jours jusqu’à ton arrivée. Tu encadres une année scolaire, comme Rimbaud des vers en beauté. Oh ! Je rêve tant de tes deux mois, Durant mes dix mois, cinq fois plus longs que toi, A patauger ! Lal ! Lal ! Lala ! Passer toutes mes journées à glandouiller, à gondoler ! Qu’est-ce qu’on t’attend, quand on s’ennuie, qu’on n’a pas le temps... Qu’on ait 7 ou 17 ans ! Tu es les deux mots les plus doux et sûrs qu’un jeune peut écouter ; Et même si éphémère, tu es au moins là pour ces moments essentiels, ne manquant jamais de nous rassurer. On est patient... On est patient... Mais allez ! Dites aux autres époques de l’année de se grouiller ! Nous voulons brûler tous nos cahiers du « petit CP » à la « grande T » Lors d’une fête grandiose, passée à te vénérer ! Et ceci rigoureusement chaque année, Pour célébrer sûrement la seule fois de l’année, Où nous sommes réellement proches de la liberté... Allons ! Allons ! Rentrons en transe : VIVENT LES GRANDES VACANCES !
Pauline Venegas Lycée Jules-Verne Morningside (Afrique du Sud)
Turlututu rotoplos pointus : Jeanne d’Arc a le bout des seins pointus, Tout, tout, tout pointus et roses comme des bonbons, Comme de gros bonbons au vilain goût verjus, Jeanne d’Arc a les rotoplos bien mignons ! Elle pavane sur les murs d’Orléans, Toute guillerette et pimpante, en sifflotant Un petit air de jazz amerlocain. Elle pavane sur les pointes et en tutu, Sur les remparts et les contrescarpes moussus. Tout le monde se retourne sur son passage, On fait de l’ œil, on zieute sous le corsage : – Eh là , donzelle ! Je vous offre un brandevin ? Mais voilà t-il pas que surgit l’abbé Cauchon, Cigare au bec et soutane en coton ! L’abbé Cauchon qui n’aime pas les seins pointus, Qui n’aime que la poitrine de porc fumée Et qui crie comme ça, deux points ouvrez les guillemets : « Moule à gaufres ! Ectoplasme ! Morue ! Couvrez moi donc ce sein que je ne saurais voir, Ou je vous embroche vive à la rôtissoire ! » L’abbé crie. Mais Jeanne s’en fout. Elle met les bouts, Elle fout le camp... en sifflotant Un petit air de jazz ou de java : Doubidoubidoubida...
Florent Zephir Université de Provence Aix-Marseille 1 Aix-en-Provence (13)
Poète de l'année 2007 : René Char
Allégeance Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima ? Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part. Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. À son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse. Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ?
René Char (extrait de Fureur et mystère, 1948, © Éditions Gallimard www.gallimard.fr/)
L'amoureuse et Introduction au poète de l'année 2008
El Desdichado Je suis le ténébreux, - le veuf, - l'inconsolé, Le prince d'Aquitaine à la tour abolie : Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie. Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé, Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie, La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé, Et la treille où le pampre à la rose s'allie. Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ? Mon front est rouge encor du baiser de la reine ; J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène... Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron : Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.
Gérard de Nerval Les Chimères, 1854
Fantaisie Il est un air pour qui je donnerais Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, Un air très-vieux, languissant et funèbre, Qui pour moi seul a des charmes secrets. Or, chaque fois que je viens à l'entendre, De deux cents ans mon âme rajeunit : C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre Un coteau vert, que le couchant jaunit, Puis un château de brique à coins de pierre, Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs, Ceint de grands parcs, avec une rivière Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ; Puis une dame, à sa haute fenêtre, Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens, Que dans une autre existence peut-être, J'ai déjà vue... et dont je me souviens !
Gérard de Nerval Odelettes, 1853
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